Démarche

Je pense avec mon corps. Dans la matière se logent tous les temps et tous les possibles. Le corps est une source d’intuition et des savoirs transmis. Par ce biais, je cherche à me connecter avec les informations de la matière. Au travers des savoirs que je récolte au fur et à mesure de mes rencontres, je danse et je chorégraphie des questions.

J’ai commencé à danser après avoir abandonné la compétition sportive. Les lettres, la poésie et les mots écrits ont toujours contournés mes aventures. La danse est arrivée pour me montrer une source. Danser est pour moi un tout ouvert et complet. Danser m’est vitale. Cependant, après une formation en danse moderne et contemporaine, j’ai expérimenté les problèmes liés à son enseignement disciplinaire. C’était l’oppression et la censure du corps vivant. En cherchant l’explication de cette déception, je me suis intéressée à des chemins alternatifs et critiques de pratique des danses.

Ces allers-retours m’ont permis de circuler entre des frontières disciplinaires avec la liberté d’une pirate. Je trafique, je mélange, je prends. Une pensée politique en danse m’est apparue comme la seule issue pour continuer, non seulement en terme de positionnement face au réel, mais surtout en ce qui concerne la pratique en elle-même. Nos manières de nous organiser et la gouvernance de ses organisations, nos pulsions de création, ainsi que les méthodologies de nos pratiques et travaux, ne sont-ils pas les fruits d’une éthique sous-jacente, d’une sensibilité tremblante, d’une position à prendre dans nos sociétés qui crient d’être écoutées ?

Convaincue de l’importance d’avancer avec la boussole de ces questions, je cherche à questionner notre perception en tirant des fils. L’improvisation, la composition en temps réel ou l’écriture intuitive sont des pratiques qui me permettent de les traduire. Des performances, des textes, des sons, des danses, sont les matières qui en émergent. 

Être soi dans le collectif. Depuis 2015, je fais partie de l’équipe d’artistes de La Déviation, un lieu de vie et de recherche artistique, à L’Estaque (Marseille), où je suis artiste résidente et cofondatrice. Autogestion, propriété d’usage, résistance créative et collaboration font partie des valeurs fondatrices de ce projet.

Aujourd’hui, je cherche à m’épanouir dans le monde de l’art tout en étant fidèle à mes intuitions et convictions. Mirar el pasado para avanzar (regarder le passé pour avancer) est mon nouveau guide.